Transcrire : Vos archives, vos Histoires.

Quand on parle de transcription, on pense souvent à la transcription d’un support audio vers une forme écrite, que ce soit dans un contexte de transcription simultanée (vélotypie 1), de sous-titrage d’une vidéo (par exemple pour les personnes sourdes ou malentendantes) ou encore de fixation de documents audios dans un support écrit autonome (interviews, discours, conférences, podcasts…).

Mais il existe un autre type de transcription : de l’écrit vers l’écrit, que l’on peut séparer en deux formes, la transcription de textes en noir vers le braille 2 et celle de textes manuscrits ou tapuscrits papiers 3 vers un format numérique. C’est à la deuxième forme que je vais m’intéresser ici

L’objectif est double : conserver des écrits sur un support durable et accessible (au sens de leur mise à disposition à un public large ou choisi, selon la nature des documents) ; rendre ces écrits lisibles aux personnes aveugles ou malvoyantes. Dans ce premier article je vais me concentrer sur la sauvegarde d’archives familiales au travers d’exemples liés à mes réalisations professionnelles.

Dans une de mes précédentes vies professionnelles, j’ai travaillé comme secrétaire juridique dans un cabinet de généalogie successorale. Le cœur du métier est de retrouver les héritiers quand il sont inconnus ou partiellement connus du notaire en charge de la succession. C’est à cette époque que j’ai découvert « les archives » : communales, départementales, régionales, familiales, du clergé… De longues heures à déchiffrer des actes d’états-civils ou notariés, des jugements… le plus souvent manuscrits (avec une lisibilité plus que relative) et rarement tapuscrits, pour reconstituer des arbres généalogiques entiers en compagnie des chercheurs.

Quelques années plus tard, Amaury, un de mes amis qui connaissait mes « capacités de déchiffrage » m’a demandé de transcrire un carnet manuscrit d’un ami de sa famille qu’il avait retrouvé au grenier (le carnet, pas l’ami …). Il s’agissait du journal de voyage autour du monde de Louis Merle 4, un ingénieur, daté de 1899. Puis Amaury a à nouveau fouillé les cartons d’archives familiales pour en ressortir une masse épaisse de feuillets manuscrits et tapuscrits. Il s’agissait d’un récit écrit par son grand-père, Guy de la Vaissière, sur son expérience de prisonnier de guerre pendant la guerre de 39-45.

Pour ces deux textes, les longues heures de déchiffrage, pour s’habituer aux pleins déliés parfois artistiques des auteurs, et de transcription ont été l’occasion de faire un passionnant travail de recherches historiques et géographiques. Dans le premier manuscrit à l’écriture ardue à relire, de nombreux noms propres (lieux, entreprises, personnes…) étaient quasi illisibles. Mais l’auteur avait une passion pour la toponymie et la description assez pointue de tous les endroits qu’il traversait et des personnes qu’il rencontrait ou citait. À partir du contexte, en utilisant des noms approximatifs et en rentrant des mots-clés précis, dans de nombreux moteurs de recherche (généralisés et spécialisés), j’ai pu en retrouver la quasi totalité. Petite performance dont je me suis félicitée (s’envoyer quelques fleurs ne fait pas de mal après avoir laissé quelques dixièmes d’acuité visuelle sur un manuscrit), d’autant que nombre de ces noms ne sont plus usités (entreprises disparues, lieux renommés, personnalités de l’époque qui n’ont finalement pas laissé de traces durables dans l’histoire). Par exemple lorsque que Louis Merle, relate les étapes de sa traversée du continent asiatique, j’ai utilisé une méthode de « pistage ».

A partir d’un toponyme clairement identifié et encore connu ou en usage, je suivais le plus possible le chemin emprunté par l’auteur via « Maps » (fleuves, réseaux ferrés, direction) puis je rentrais dans un moteur de recherche le nom approximatif et des mots-clés décrivant l’endroit. En parallèle sur la carte en ligne, je rentrais le nom approximatif / inusité sur le secteur où j’étais arrivée. Google Maps me proposait parfois un ou plusieurs noms correspondant, (voire le nom de l’époque et le nom moderne) et en rapprochant les résultats du moteur de recherche, les descriptions du manuscrit et les photos proposées, je pouvais vérifier mes résultats. Pour chaque endroit qui n’était plus sur les cartes modernes ou dont le nom avait changé, j’ai ajouté une note de bas de page explicative, de même pour les grandes compagnies / entreprises et personnalités de l’époque.

Il est quand même quelquefois arrivé que malgré des recherches poussées dans les archives historiques et géographiques en ligne, j’ai dû m’avouer vaincue et signaler une approximation, le temps ayant effacé la mémoire des lieux et des gens. Dans son récit, Guy de la Vaissière (n’étant pas germanophone et moi non plus), a écrit tous les noms de lieux « à l’oreille ». J’ai donc virtuellement refait le voyage sur le Rhin dans le bateau qui menait les prisonniers français en Allemagne. Le grand-père de mon ami aimait lui aussi les lieux qu’il traversait, notamment les monuments remarquables. J’ai ainsi eu l’occasion de visiter de nombreuses pages Wikipedia et de sites d’office du tourisme de provinces allemandes…

Au-delà de ce travail d’enquête et de recherche qui a fait vibrer les cordes de mon arc d’intérêts spécifiques, il y a le plaisir d’avoir fait revivre quelques bribes d’un monde aujourd’hui disparu par le prisme de personnes qui ont vécu à cette époque, mais aussi d’avoir rendu à une famille une partie de son histoire. Car suite à ma transcription et en complétant et arrangeant le manuscrit avec les souvenirs du fils de Guy de la Vaissière, les descendants de de l’auteur ont publié le récit à compte d’auteur. Le livre a pu être transmis au sein de la famille et de leurs proches.

La famille de Louis Merle a été contactée par Amaury mais n’a malheureusement pas donné suite pour transmettre les carnets manquants (et oui, il manquait la toute fin du voyage ! Imaginez ma frustration arrivée au dernières pages ! ) et publier le texte.

Dans le prochain article, nous continuerons à parler transcriptions et sauvegarde d’archives mais en y ajoutant un brin de recherches scientifiques et d’accessibilité pour les personnes aveugles ou malvoyantes.

Vous avez des écrits familiaux, des archives communales, associatives, historiques… que vous souhaitez transcrire ? N’hésitez pas à me contacter !

Merci à Amaury de m’avoir confié ces précieux récits de famille et à Soline, « scanneuse » et relectrice avisée de ces deux manuscrits. Merci aux relecteur.ices de cet article.

Références :

1 «La vélotypie est un système de sous-titrage en direct qui permet de retranscrire un discours oral à la vitesse de la parole. La méthode repose sur l’utilisation d’un clavier syllabique dont elle tire le nom : le Vélotype .» rèf :https://www.lemessageur.com/la-velotypie/

2 Le braille est un système d’écriture tactile utilisé par les personnes aveugles ou malvoyantes, tandis que l’écriture en noir est la forme traditionnelle de l’écriture : un texte imprimé ou écrit sur une feuille.

3 Un tapuscrit est un document rédigé à l’aide d’une machine à écrire ou d’un ordinateur.

4 https://www.annales.org/archives/x/merle.html

Laisser un commentaire